Retraites, Un choix de société :
A écouter le gouvernement, l’allongement de l’espérance de vie serait une véritable catastrophe : il entraînerait des déficits colossaux, au point que de nombreux jeunes salariés seraient convaincus qu’ils n’auront pas de retraite, qu’il faudrait se résigner au recul de l’âge légal de départ à 60 ans, à l’allongement de la durée de cotisations.
La crise grecque et celle de l’euro sont mises à profit pour justifier une nouvelle régression sociale : travailler plus pour gagner une pension plus faible.
La CGT s’insurge contre ce discours ! La réforme doit se faire sur une autre base, celle d’un choix de société orienté vers la réponse aux besoins sociaux.
Les réformes antérieures ont toutes consisté à réduire les droits à retraite. Cette situation, ajoutée au refus d’apporter des solutions de financement, crée une défiance envers nos régimes de retraite.
Nos propositions reposent sur deux objectifs : le premier vise à garantir un haut niveau de droits à retraite dans tous les régimes. Le second vise à financer durablement ces droits.
Ainsi les salariés et retraités pourront avoir confiance dans la pérennité de leurs régimes de retraite.
FEMME/HOMME : L’ ÉGALITÉ PASSE PAR UNE RETRAITE PLEINE ET ENTIÈRE
En 2010, les femmes sont toujours victimes d’une inégalité de traitement sur le marché du travail. Discriminations salariales, travail à temps partiel subi, plus forte exposition au chômage, absence d’évolution de carrière, les conduisent à avoir une rémunération de 25 à 30% inférieure à celle des hommes. Loin d’être rectifiés, les écarts se creusent et atteignent 38% à la retraite.
Les réformes de 1993 et 2003 ont accentué ces inégalités. Le calcul des pensions sur les 25 meilleures années, au lieu des 10 meilleures, a baissé les retraites des femmes. De plus, le processus d’allongement de la durée de cotisations et le mécanisme de la décote, qui pénalisent ceux et celles qui n’ont pu valider la totalité des trimestres exigés, frappent particulièrement les femmes, dont seulement 40% obtiennent une carrière complète, contre 86% des hommes. La CGT exige l’application de la législation sur l’égalité femme/homme, le renforcement du service public de la petite enfance afin d’améliorer, pour les femmes comme pour les hommes, l’articulation entre vie professionnelle et vie familiale, ainsi que le retour aux droits familiaux antérieurs à 2004 dans le public et à 2010 dans le privé.
LES SALARIES DU PUBLIC SONT-ILS PRIVILÉGIÉS ?
Quelques politiques et journalistes se focalisent sur les prétendus « privilèges » des fonctionnaires et régimes spéciaux, lis s’évertuent a diviser te salariat pour tenter de justifier une baisse généralisée des pensions : calcul sur les 6 derniers mois de salaire, pensions de retraite plus élevées… Restons clairvoyants !
Les salariés du privé ont des déroulements de carrière incertains, comparé aux salariés du public : plus de 50% des salariés du privé sont exclus de l’emploi à 59 ans. Si on calculait leur retraite sur leurs 6 derniers mois de salaires, ils seraient nombreux à subir une baisse drastique du montant de leurs pensions.
La retraite moyenne des fonctionnaires est plus élevée que dans le privé. Cette réalité s’explique par deux phénomènes : une plus forte proportion de cadres dans la fonction publique d’État (50% des effectifs) et une pension de retraite des femmes plus élevée, car les discriminations salariales femme/homme y sont moins prononcées. Faut-il remettre en cause la reconnaissance des qualifications, ou mener une politique salariale sexiste dans la fonction publique pour réduire l’écart entre les pensions ? Par contre le montant moyen des retraites de la fonction publique territoriale et hospitalière est inférieure à la moyenne nationale.
Les privilèges sont plutôt à chercher du coté des rémunérations des patrons du Cac 40 et de leurs retraites chapeaux !
LE HUITIÈME RAPPORT DU CONSEIL D’ORIENTATION DES RETRAITES
Le rapport que le Cor a rendu public mi-avril a alimenté les commentaires les plus catastrophistes visant à accréditer l’idée d’un système au bord de la faillite, et d’une « réforme » (entendez le recul de la retraite indispensable. Jouant avec les chiffres du besoin de financement de 2 600 milliards d’euros, ils omettent de préciser qu’il était à rapporter aux 120000 milliards d’euros de richesses nouvelles qui seront créées d’ici 2050, ce qui ne représente que 2% de ces dernières !
Certes, la construction de projections à l’horizon 2050 est un exercice délicat, qui ne saurait être assimilé à des prévisions, mais il en était de même de tous les rapports précédents.
L’un des mérites de ce rapport est de montrer l’impact de la crise sur le financement des retraites. Il est considérable : 600 milliards d’euros pour les 15 ans qui viennent.
Ce n’est pas aux retraités et futurs retraités de payer le prix de cette crise, en reculant l’âge de la retraite.
UN TAUX DE REMPLACEMENT A 75%
Le taux de remplacement permet de calculer le rapport entre le montant de la retraite et le revenu d’activité. Ce taux baisse au fil des générations de retraités, ce qui est la conséquence directe des différentes réformes appliquées depuis 1987. Le gouvernement prétend ne pas baisser le montant des pensions, alors que les différentes pistes envisagées ne pourront aboutir qu’à une nouvelle chute du taux de remplacement.
Le niveau de vie des retraités s’éloigne de celui de leur vie active, ce qui va à l’encontre de toute perspective de progrès social. Cette baisse programmée du taux de remplacement et l’incertitude pesant sur le niveau de vie des futurs retraités favorisent les systèmes de retraite par capitalisation.
Allant contre cette logique de paupérisation des retraités, et voulant rassurer les salariés sur leur futur niveau de pension, la CGT propose que soit garanti un taux de remplacement minimum égal à 75% du salaire de référence et exige qu’aucune pension ne soit en dessous du Smic pour une carrière complète.
L’AGE DE DÉPART EN RETRAITE
Le gouvernement et le Medef privilégient le reçu ! de l’âge de la retraite, comme la seule solution pour maintenir le niveau des pensions, au mépris de toute réalité sociale.
En effet, pour 2009, le taux de chômage des 15-24 ans était de 24% tandis que 44% des 55-59 ans étaient sans emploi. Selon quelle logique veut-on faire travailler plus longtemps quand certains sont exclus de l’emploi ? Dans ce contexte, le recul de l’âge de départ en retraite serait une aberration pour les finances des caisses maladie, chômage, invalidité et n’aurait pour but que la diminution du niveau des pensions ! Les évolutions démographiques « papy-boom » et l’augmentation de l’espérance de vie appellent une autre politique de l’emploi à destination des jeunes et des plus de50 ans et aucunement l’obligation de travailler au-delà de 60 ans.
La CGT exige que les salariés aient le libre choix de partir à la retraite avec un haut niveau de pension, dès 60 ans, et même plus tôt au titre de la reconnaissance de la pénibilité au travail. Ce libre choix ne doit pas être subordonné à des contraintes économiques, ce qui implique la garantie d’un haut niveau de pension.
LA CARRIÈRE COMPLÈTE :
Les réformes de 1993, 2003 et 2007 ont été axées sur l’augmentation de la durée de cotisation, qui sera portée, en 201 2, à 41 annuités dans les principaux régimes. Cette mesure touche la grande majorité des salariés, mais produira ses effets les plus nuisibles sur les jeunes générations. On sait déjà, I si rien ne change, qu’ils ne pourront prétendre à une retraite a taux plein dès 60 ans. A 30 ans, les salariés nés en 1974 ont validé 10 trimestres de moins que ceux nés 20 ans auparavant. Ceci s’explique par un allongement de la durée d’études, mais aussi par davantage de difficultés d’accès à un emploi stable.
Pour permettre de partir à la retraite à taux plein dès 60 ans, en tenant compte des évolutions réelles de la société, la CGT propose que de nouveaux temps d’activité fassent partie de la carrière. Ainsi, les périodes d’études, de formation et de recherche d’emploi doivent permettre de valider des trimestres de retraite.
Ainsi, toutes les générations pourront bénéficier du même système de retraite que leurs ainés, ce qui contribue au respect du pacte intergénérationnel.
LA PÉNIBILITÉ :
L a réforme des retraites de 2003 a acte l’obligation de négocier la définition et la prise en compte de la pénibilité au travail. Depuis, rien n’a abouti…. Des activités professionnelles génèrent une usure prématurée et irréversible de la santé de leurs salariés, et causent une mortalité précoce. C’est ainsi que les ouvriers ont une espérance de vie moyenne inférieure de 7 ans à celle des cadres. Cette réalité sociale appelle une réponse. Mais le Medef refuse de financer ce dispositif, soutenu par le silence approbateur du gouvernement. Nous proposons un dispositif qui ouvre droit à un départ anticipé en retraite, pour les salariés usés prématurément. Si les négociations n ont pas abouti, celles ci ont permis de définir 12 critères de pénibilité unanimement reconnus.
Il y a urgence à poursuivre ces travaux. Les financements doivent être assurés par les entreprises, par l’État et par le redéploiement des financements publics dans lesquels se trouvent actuellement les salariés usés au travail maladie, chômage…)
La CGT fait de la prise en compte de la pénibilité une priorité du rendez-vous 2010.
UNE AUTRE POLITIQUE DE L’EMPLOI
Les données dont nous disposons montrent que la dégradation de l’équilibre financier des retraites s’explique par la dégradation de la situation de l’emploi depuis 2007.
Le retour au plein-emploi est la première condition pour financer de bonnes retraites.
Cela implique de créer une dynamique économique fondée sur le développement de l’emploi stable, qualifié et bien rémunéré. La croissance est une condition nécessaire mais pas suffisante du plein-emploi. Elle doit s’intégrer dans une logique de développement qui implique de rompre avec un modèle économique fondé sur la satisfaction prioritaire de l’actionnaire.
1 million d’emplois c’est 5 milliards pour la retraite
Il n’est pas possible de laisser perdurer un modèle d’emploi où le salarié n’est utilisé qu’entre 30 et 50 ans. Au contraire, il faut faire prévaloir une nouvelle logique fondée sur le plein-emploi des capacités humaines. La CGT estime qu’avec ce nouveau plein-emploi, c’est la moitié du problème de financement des retraites qui serait réglé.
POUR UNE RÉFORME DU FINANCEMENT
Pour garantir durablement le financement des retraites, la CGT propose une réforme de leur financement. Les principaux éléments de cette réforme seraient les suivants :
- Instituer une modulation des cotisations employeurs à partir de 2 facteurs :
1 ) La part des salaires dans les richesses produites : le taux de cotisation serait plus faible pour les entreprises dans lesquelles la part des salaires est élevée, par exemple dans le Bâtiment et Travaux publics ; à l’inverse, elle serait plus importante quand elle est faible comme dans la pétrochimie ou l’immobilier.
2) La politique d’emploi des entreprises : le taux de cotisation serait plus faible pour les entreprises qui créent des emplois, et plus fort pour celles qui ne cessent d’en détruire ; - Mettre fin aux exonérations de cotisations patronales ;
- Faire cotiser sur l’intéressement, la participation et l’épargne salariale qui font perdre plusieurs milliards d’euros tous les ans aux retraites.
- Instituer une contribution sur les revenus financiers des entreprises, intérêts et dividendes.
L’ensemble de ces mesures permettraient, en contribuant à un nouveau plein emploi , et en apportant des ressources nouvelles, de dégager les 5 à 6 points de PIB nécessaires d’ici 2050 pour garantir de bonnes retraites.
LA MAISON COMMUNE DES RÉGIMES DE RETRAITE
Malgré ses affirmations, les seules mesures qu’envisage le gouvernement entraîneraient une baisse généralisée du niveau des pensions. Il stigmatise les spécificités de chaque régime, les qualifiant de privilèges, pour justifier cette régression sociale généralisée, en tirant vers le bas tous les droits.
En refusant d’apporter de nouvelles sources de financement et de garantir un haut niveau de droits à retraite, le gouvernement veut casser la solidarité intergénérationnelle et interprofessionnelle.
Contrairement au gouvernement, nous pensons que ces deux notions sont fondamentales. C’est pourquoi la CGT propose la création d’une « Maison commune des régimes de retraite » pilotée par des représentants élus par les salariés. Elle serait chargée de faire appliquer, dans chaque régime, le socle commun de droits à retraite (défini dans « Une taux de remplacement à 75% » jusqu’à « La pénibilité »), de garantir les spécificités de chaque régime et de contrôler les règles de la compensation financière entre les régimes. La « Maison commune » participe de la pérennisation et de la restauration de la confiance dans les systèmes de retraites par répartition.
voir aussi :
www.cgt.fr
www.retraites-cgt.fr
www.60ansatauxpleinjytiens.com
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